Lutte contre le racisme à Québec : La récompense du déni

Le 6 juin 2024, nous avons appris que la Ville de Québec a reçu le prix pour un Québec sans racisme, dans la catégorie organisation publique. Créés par le gouvernement du Québec, « les prix pour un Québec sans racisme visent à reconnaître et à célébrer la contribution d’une personne, d’une organisation publique, d’une entreprise et d’un organisme qui se sont distingués par des réalisations remarquables et un apport exceptionnel à la lutte contre le racisme au Québec ».

La Ville de Québec a été primée pour son programme Parcours du vivre-ensemble. Axé sur l’approche ÉDI (équité, diversité, inclusion), celui-ci se résume, d’une part, à la mise en place d’une formation en ligne de trois heures sur le Mieux-vivre ensemble au travail destinée aux employeurs qui désirent l’offrir à leur personnel et, d’autre part, à l’institution du titre Ambassadeur du vivre-ensemble.

L’approche de la ville de Québec axée sur l’ÉDI a été critiquée pour son réductionnisme et son simplisme. Au lieu d’une approche antiraciste politique basée sur l’inégalité de pouvoir et des droits, la ville de Québec préfère parler de diversité, une approche qui est peut-être pertinente pour d’autres exclusions mais ne l’est pas contre le racisme. Celui-ci est dès lors compris de manière réductrice comme une croyance ou une attitude qu’on peut changer par la sensibilisation en emmenant les gens à se connaître au travers d’activités socio-culturelles, sportives, culinaires, etc. Or, pour l’historien Ibrahim X. Kendi, en matière de lutte contre le racisme,  la persuasion par l’éducation et la morale est une stratégie vouée à l’échec (lire Comment devenir antiraciste, p.354).

Dans cette même veine, en juin dernier, La presse nous apprenait que l’efficacité de l’approche ÉDI est remise en question par des méta-analyses qui la jugent couteuse, inutile et peu adaptée.

En réalité, la ville de Québec manque de volonté politique pour lutter contre le racisme. Le 22 février 2022, à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, Mme Iréna Florence Harris, experte-conseil en diversité, équité et inclusion auprès du maire de Québec, a déclaré que la Ville de Québec ne lutte pas contre le racisme, et fait plutôt la promotion du vivre-ensemble et de la diversité. 

Cette absence de volonté politique est encore plus manifeste dans le refus de la Ville de Québec de reconnaître le profilage racial policier au sein de son service de police. Or, les pratiques policières discriminatoires  sont réelles et se traduisent par une interpellation sans motif, par le contrôle routier d’un Noir au volant d’une voiture de luxe, par un contrôle d’identité questionnable, etc. Mieux, dans l’affaire opposant Pacifique Niyokwizera à la ville de Québec suite à son arrestation brutale le 27 novembre 2021, le juge Patrice Simard de la Cour municipale de Québec a reconnu que, si le profilage racial n’a pas motivé l’arrestation de Pacifique Niyokwizera, le traitement qui lui a été infligé relève du profilage racial. 

Enfin, depuis son élection en 2021, nous ne nous rappelons ni d’une déclaration forte ni d’un engagement formel du maire Bruno Marchand à lutter contre le racisme. 

Malheureusement, c’est à cette administration municipale emmurée dans le déni du racisme que le prix pour le Québec sans racisme a été décerné. 

Nous demandons au ministre responsable de la lutte contre le racisme, Christopher Skeete, de resserrer les critères d’octroi des prix pour un Québec sans racisme afin de le décerner aux acteurs et actrices qui luttent réellement contre le racisme. En dépit du refus du gouvernement de la Coalition Avenir Québec de reconnaître officiellement l’existence du racisme systémique, instituer un prix pour reconnaître les contributions à la lutte contre le racisme est louable. Cependant, remettre ce prix à un acteur qui ne lutte pas contre le racisme le décrédibilise.

Les auteurs : Collectif 1629, Table de concertation du Mois de l’histoire des Noirs, Collectif de lutte et d’action contre le racisme, Ligue des Droits et libertés – Section de Québec, Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (RÉPAC 03-12).

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