Québec, 17 octobre 2024. Des groupes communautaires de la région de Québec se sont mobilisés pour la journée internationale de l’élimination de la pauvreté. Ils ont monté un collage collectif pour ensuite manifester afin de rappeler au gouvernement de réellement prendre action contre la pauvreté puisque ses actions récentes sont nettement insuffisantes. Autant le 4e plan de lutte à la pauvreté, le projet de loi 71 visant à moderniser l’assistance sociale ou encore la Stratégie québécoise en habitation ratent leurs cibles. Le Regroupement d’Éducation Populaire en Action Communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (RÉPAC 03-12) et le Collectif de Lutte et d’Action contre la Pauvreté de la région de Québec (CLAP-03) revendiquent une couverture minimale des besoins essentiels de la population à la hauteur du revenu viable.
Une froide indifférence dans le 4e plan de lutte à la pauvreté
La sortie en catimini du 4e plan de lutte à la pauvreté en dit long. Danielle Lambert, Co-porte-parole de la manifestation commente « Le gouvernement est gêné de ce qui s’y trouve et surtout de ce qui ne se trouve pas dans les pages de son plan d’action. Dans un contexte où tout coûte plus cher, le gouvernement n’offre aucune mesure d’augmentation de revenu pour les personnes en situation de pauvreté. Il se contente de reconduire des financements déjà annoncés, des mesures à cout nul, mais surtout aucune mesure structurante qui auraient un impact direct sur les conditions de vie des gens. Le financement des banques alimentaires et les projets innovants, ça ne paie pas le loyer. »
Humaniser l’assistance sociale en coupant les plus pauvres
Le projet de loi 71 vise à passer à un régime de l’assistance sociale « plus humain » selon la ministre de la Solidarité sociale Chantale Rouleau. Il fait tout le contraire selon Marie-Lyne Bouchard , prestataire d’assistance sociale et militante active à Rose du Nord. « Non seulement le gouvernement ne hausse aucunement les prestations d’aide sociale, mais en plus de ça il met en place des reculs importants. C’est près de 40 000 personnes par année qui vont être privées du supplément de 161$ sur leurs prestations d’assistance sociale. On se rappelle que la prestation de base d’aide sociale est de 807 $ par mois, couvrant 46% de ce qui est reconnu comme le minimum vital. » La réforme prévoit des parcours d’accompagnement et d’intégration en emploi, mais « se faire accompagner dans une formation ou en emploi avec le ventre vide et en habitant dans la rue, ce n’est pas sérieux ni humain » rappel la porte-parole.
Bâtir pour les plus riches
La Stratégie québécoise en habitation promise depuis quatre ans par la ministre Duranceau ne vise pas du tout à aider les personnes les plus pauvres relate Azélie Rocray. Aucune cible d’augmentation de l’offre de logements sociaux ou communautaires n’est présente dans la stratégie. C’est pourtant ce qui aide réellement les personnes en bas de l’échelle à atteindre des conditions d’existence viables. Le logement est la première dépense des ménages et elle n’est pas compressible comme la nourriture par exemple. Le gouvernement mise sur la construction de logement privé quand on sait que ces nouveaux bâtiments ne seront pas abordables pour une grande partie de la population. C’est vrai qu’il y a une crise de l’offre, mais nous avons aussi une crise d’abordabilité du logement et le gouvernement refuse de légiférer sur le parc locatif pour restreindre les augmentations abusives. À la place il nous sert un projet pilote de logements modulaires qui seront trop chers et seront sortis de terre dans plusieurs années comme la plupart des projets initiés par la CAQ.
Le bilan de la CAQ : des actions qui servent les mauvaises personnes
Clairement, la CAQ n’a aucune volonté de lutter contre la pauvreté constate Danielle Lambert. Il démontre assez bien avec les mesures mises en places que leur but premier est de favoriser le milieu privé au détriment de leur mission fondamentale d’aider la population en bas de l’échelle. Ce qu’il devrait faire c’est de mettre en places des mesures structurantes qui augmentent significativement le niveau de vie des personnes en situation de pauvreté. Que ce soit en construisant des logements sociaux, en augmentant les prestations d’assistance sociale ou toute autre mesure structurante qui augmente le niveau de vie des personnes appauvries. Pour sortir de la pauvreté, ça prend des mesures qui permettent d’atteindre d’une manière ou d’une autre le revenu viable tel que calculé par l’IRIS. Là on parle de réelle sortie de pauvreté et non de pure survie.
Le gouvernement peut encore rectifier le tir
Dans un contexte de réduction des dépenses par la CAQ, il faut s’assurer que les personnes les plus pauvres ne subissent pas les affres de l’austérité. Les protections publiques doivent demeurer une priorité pour le gouvernement et s’il faut qu’il ait cherché de l’argent quelque part, nous serons présents pour lui suggérer quelques cibles. Pour l’instant, la mise à jour économique de novembre est une belle occasion pour le gouvernement de rectifier le tir, le budget en mars de même. Mais le gouvernement n’a pas à attendre ces moments pour faire preuve de bonne foi et adopter des mesures qui luttent réellement contre la pauvreté.