Racisme au SPVM : Le SPVQ n’est pas à l’abri 

Monsieur le Maire,

Le récent scandale à Montréal-Nord rappelle l'urgence d'agir face au racisme policier. Si la persistance du problème y est indéniable, il faut néanmoins reconnaître que la métropole a posé des jalons politiques majeurs ces dernières années : de la reconnaissance publique du profilage racial par les deux dernières mairesses à la nomination de Fady Dagher, la Ville s'est engagée sur la voie de l’action. Pendant ce temps, à Québec, l'administration maintient une posture de fermeture en refusant toujours d'admettre la présence de biais racistes dans les interventions du SPVQ. Plus encore, la Ville de Québec continue de tolérer sur les uniformes policiers l’emblème de la Thin Blue Line — pourtant banni à Montréal —, un symbole hautement controversé lié au suprémacisme blanc. Ce décalage est injustifiable : la capitale accuse un retard politique qui doit être rattrapé si l’on ne souhaite pas voir des situations similaires se présenter au service de police de Québec. Dans ces circonstances, des actions politiques majeures s’imposent.

D’abord, la Ville doit interdire sans délai le port de la Thin Blue Line par les membres du SPVQ. Popularisé en opposition aux luttes pour les droits civiques des Afro-Américain·e·s et devenu l'emblème du mouvement Blue Lives Matter, le drapeau de la Thin Blue Line est un symbole explicitement raciste qui oppose la police aux communautés racisées. Bien que de nombreux membres du corps policier affirment aujourd’hui le porter simplement par solidarité envers les collègues disparus en service, le symbole conserve sa pleine charge historique pour la population. Alors que plusieurs services de police, dont celui de Montréal, l’ont formellement banni pour respecter le devoir de neutralité de leur fonction, sa tolérance à Québec est une faute politique majeure. Il serait inadmissible que l’administration Marchand persiste à protéger le port de ce symbole par le corps policier alors qu’un scandale de racisme policier secoue le Québec. La Ville doit emboîter le pas à la métropole et retirer définitivement ce signe controversé et discriminatoire des uniformes. 

Ensuite, l’administration Marchand doit commander une enquête indépendante sur le profilage racial sur son territoire. Depuis des années, les témoignages de personnes racisées dénonçant le profilage racial et les violences policières à Québec se multiplient, mais se buttent au déni des autorités politiques. Les recours individuels en déontologie policière s'avérant incapables de modifier ces pratiques globales, la réponse doit impérativement venir du politique. C'est pourquoi le pouvoir municipal ne peut plus ignorer ces faits et doit ordonner sans délai la tenue d'une enquête statistique indépendante sur les interpellations du SPVQ, seul outil capable de mesurer l'ampleur systémique du problème pour engager de réels changements. 

Enfin, la Ville de Québec doit poser le geste politique de départ et reconnaître officiellement l'existence du profilage racial au sein du Service de police de la Ville de Québec. Continuer de nier la réalité nous enferme dans un dialogue de sourds. Pour avancer, l'administration Marchand doit prendre ses responsabilités et admettre que les citoyen·ne·s de Québec ne sont pas à l'abri de traitements racistes de la part de leur service de police. 

Pour terminer, nous encourageons le pouvoir municipal de Québec à emboîter le pas à Fady Dagher, qui a affirmé lundi son intention de ne pas gaspiller cette crise et d’en tirer profit pour imposer des changements majeurs dans son service de police.

Josyanne Proteau, Coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés - Section de Québec

Naélie Bouchard-Sylvain, Coordonnatrice du Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches

Peterson Antenor, Chargé de projet-défense collective des droits au Collectif de lutte et d’action contre le racisme-CLAR

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