Le SPVQ fait obstacle à la manifestation du 1er mai à Québec
La Coalition pour le droit de manifester s’inquiète d’une augmentation de la répression et du contrôle policier envers lors des manifestations à Québec. La Coalition attire l’attention du public sur des pratiques policières qui vont à l’encontre de la réglementation et sur des épisodes d’intimidation lors de la manifestation du 1er mai, qui s’apparentent à du profilage politique.
Des manifestations jugées trop dérangeantes par la police
La Coalition s’inquiète du pouvoir que s'octroie le SPVQ de juger à la pièce de la valeur, de la faisabilité ou de la légitimé des manifestations organisées sur le territoire de la Ville de Québec. À plusieurs occasions, durant les derniers mois, les policiers ont tenté de détourner l’itinéraire de manifestations pacifiques dont le trajet et l’horaire leur avaient été fournis plusieurs jours à l’avance conformément à la réglementation municipale en vigueur.
Dans la foulée de l’organisation de la manifestation du 1er mai, le SPVQ a franchi un pas de plus en écrivant noir sur blanc, dans un échange avec le comité organisateur, que la manifestation ne pourrait pas avoir lieu à moins de changer d’heure ou de secteur. Pour le comité organisateur, il s'agit d'une ingérence du SPVQ qui n'a pas sa place, puisqu'aucun cadre légal ou réglementaire ne confère ce pouvoir aux agent·e·s de police . « Nous avons répondu que ce n’était pas une demande de permission et que nous respections la réglementation en vigueur. Après ça, ils ne nous ont plus répondu, car ils savent très bien qu’on a le droit de manifester et qu’une manifestation, c’est fait pour déranger. On connaît nos droits, on connaît la jurisprudence. Ce genre de tentative d’intimidation ne marche pas avec nous, mais peut très bien fonctionner avec d’autres groupes sociaux, moins habitués à prendre la rue » rétorque Vania Wright-Larin du RÉPAC 03-12 qui était dans le groupe organisateur de la manifestation. La Coalition interpelle la Ville de Québec : « Est-ce qu’il y a une commande pour restreindre l’impact des manifestations sur la circulation en lien avec les travaux du tramway ? » Les travaux menés par la ville ne sont en aucun cas un prétexte valable pour restreindre le droit de manifester.
Harcèlement policier lors du rassemblement du 1er mai
La Coalition déplore également le profilage politique dont ont été victimes des participant·e·s à la manifestation du 1er mai, qui était pacifique. Les policiers étaient visiblement à cran et déambulaient dans la foule. Quatre personnes ont été interpellées et fouillées et deux d’entre eux ont été mis à l’amende parce qu’elles avaient des fumigènes sur elles. Des fumigènes, comme on en voit régulièrement dans les festivals et les événements sportifs, ont été saisis. Rappelons que ce ne sont pas des armes, mais des éléments de visibilité très répandus. Aucune de ces personnes n’avait menacé la sécurité de qui que ce soit, ni commis de crime. « Sur le terrain, on voyait bien que l’intention des policiers était bien plus d’intimider les manifestant·e·s que d’assurer leur sécurité », a raconté à la Coalition une personne témoin des interpellations.
Le PL13, une porte ouverte aux fouilles arbitraires
La Coalition est préoccupée par les nouveaux pouvoirs octroyés aux policiers dans le cadre de la Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions (PL13), adoptée récemment. Suite aux interventions démesurées observées dans le contexte de la manifestation pacifique (et même paisible) du 1er mai dernier, la Coalition craint fortement l’utilisation de ce nouveau levier juridique comme moyen de répression.
«La CAQ est allée beaucoup trop loin avec sa nouvelle loi en permettant aux policiers et policières de fouiller de façon totalement arbitraire des personnes participant à une manifestation pacifique. Non seulement il s’agit d’une violation directe et sans équivoque des droits juridiques garantis par les chartes canadienne et québécoise, mais il y a fort à parier que ces nouveaux pouvoirs renforceront également le profilage politique, racial et social observé en contexte de manifestation. C’est un recul majeur en matière de droits de la personne» affirme Josyanne Proteau, coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés - Section de Québec.
La Coalition rappelle que le droit de manifester pacifiquement est garanti par les chartes canadienne et québécoise des droits de la personne, qui protègent la liberté d’expression, d’association et de réunion. Le droit de manifester ne doit pas seulement être toléré, mais doit être facilité dans son exercice. Ainsi, toute forme d’intimidation envers les manifestant·e·s et les organisateur·trice·s de manifestations apparaît comme une pratique autoritaire qui porte atteinte à notre démocratie.