Dans sa dernière chronique, Mario Dumont y va d’une charge en bonne et due forme contre la défense collective des droits. Il présente comme une aberration le fait que des organismes communautaires financés par l’État puissent critiquer ses politiques. En qualifiant cette réalité de « lobbyisme circulaire », il confond défense collective des droits et lobbying, tout en remettant en question la légitimité du financement public des contre-pouvoirs.
Mario Dumont reprend les réflexions biaisées de Cardus, un groupe de réflexion issu de la droite chrétienne basé en Ontario. Pas de surprise là-dedans : ça fait longtemps que le jupon dépasse chez certains chroniqueurs de droite. Son argumentaire repose soit sur la mauvaise foi, soit sur une méconnaissance profonde de la défense collective des droits.
Avec des moyens faméliques, les quelque 350 groupes de défense des droits présents dans toutes les régions du Québec portent une mission complexe : documenter les injustices, mobiliser la population et contester les décisions politiques qui constituent des entraves aux droits et libertés reconnus par les chartes.
La défense collective des droits permet aux personnes qui disposent de peu de pouvoir de faire entendre leur voix face à des acteurs sociaux, économiques et politiques dont les moyens sont complètement disproportionnés par rapport aux pinottes que l’État accorde à la défense des droits. Ça n’a rien à voir avec le lobbying. C’est ce qu’on appelle de l’action communautaire autonome.
Depuis l’adoption de la Politique de reconnaissance de l’action communautaire par le gouvernement de Jacques Parizeau, la défense collective des droits fait partie de l’ADN de l’action communautaire autonome. Chaque année, l’Assemblée nationale souligne d’ailleurs unanimement, par résolution, la contribution du milieu communautaire.
Pour démontrer sa pertinence, un groupe de défense des droits doit produire des analyses non partisanes, porter les revendications issues d’un travail de consultation communautaire auprès des élu-e-s de tous les partis et de la population, et défendre les aspirations des communautés, aussi impopulaires soient-elles. Il doit le faire dans le respect de la démocratie et de l’autonomie de son organisation. Lorsqu’un groupe de défense des droits prend la rue pour manifester, c’est le résultat d’un long processus d’éducation populaire.
Rappelons aussi qu’un organisme n’a pas besoin d’obtenir gain de cause auprès du gouvernement pour être utile. Une démocratie exige des contre-pouvoirs capables de dénoncer les injustices, de critiquer les décisions politiques et de proposer d’autres choix de société.
Bien sûr, les fonds publics doivent être attribués selon des règles transparentes et rigoureuses. Mais revoir les critères pour marginaliser les organismes qui dérangent le pouvoir, ce n’est plus seulement une question de saine gestion : c’est une menace pour leur autonomie. Un gouvernement qui finance uniquement les organismes dont il approuve les positions ne soutient pas un milieu communautaire autonome : il s’entoure de prestataires dociles.
Et cette réalité concerne l’ensemble de l’action communautaire autonome, soit quelque 4 500 groupes qui agissent en toute autonomie par rapport à l’État, au bénéfice de la population.
Le véritable problème n’est pas que des organismes financés par l’État le critiquent. C’est qu’on en vienne à considérer cette critique comme une anomalie à corriger. Car une démocratie ne se limite pas aux élections et les droits de la population ne se défendent pas tout seuls.
Parlez-en aux femmes, aux locataires, aux aînés, aux personnes assistées sociales, aux personnes qui vivent dans la rue, aux chômeuses et aux chômeurs, aux personnes en situation de handicap et à toutes celles et ceux dont les droits ne sont défendus par aucun lobby, ni par Mario Dumont d’ailleurs.
Laurent Lévesque, Association pour la défense des droits sociaux Québec métropolitain (ADDSQM)
Wafa Zribi, Corporation de Défense de Droits sociaux de lotbinière
Vania Wright-Larin, Regroupement d’Éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches
Catherine Bonneau, Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS)
Lucie Pelletier-Landry, Regroupement des femmes sans emploi du Nord de Québec (ROSE du Nord)
Élise Landriault-Dupont, Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale
Anne-Sophie Trottier, Les AmiEs de la Terre de Québec
Chantal Gariépy, Clinique Droit de cité
Josyanne Proteau, Ligue des droits et libertés - Section de Québec
Patrice Lemieux Breton, Collectif pour le droit à la scolarisation
Mélanie Pinault, Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) Lévis - Chaudière-Appalaches
Charlotte Veilleux, Divergenres
Julie Brassard, directrice générale Mouvement Action-Chômage de Charlevoix
Marie-Eve Duchesne, Comité populaire Saint-Jean-Baptiste
Francis Lachance, Association de défenses des droits sociaux (ADDS) de la Rive-Sud
Walter Zelaya, Moelle épinière et motricité Québec (MÉMO-Qc)
Peterson Antenor, Collectif de lutte et d’action contre le racisme-CLAR
Ariane Gravel, Alter Justice
Yves Carrier, CAPMO
Karine Drolet, Réseau des groupes de femmes Chaudière-Appalaches
Marie-Hélène Deshaies, présidente, Table citoyenne Littoral Est
Félix Marois, Bureau d’animation et information logement du Québec métropolitain (BAIL-QM)
Marie-Soleil Gagné, Accès transport viable
Marie-Ève Picard, Aide aux Travailleurs Accidentés
Carolyne Hamel, Regroupement des organismes de personnes handicapées région Chaudière-Appalaches (ROPHRCA)+