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L'éducation populaire a une histoire (4 portraits des pionnières et pionniers de l'éducation populaire) Léducation
populaire est la plus ancienne forme déducation des adultes
et celle qui a initié, expérimenté et développé
en grande partie les pratiques éducatives spécifiques aux
adultes. On ne se donne jamais
assez loccasion de se raconter, ou de se faire raconter, les femmes,
les hommes et les mouvements qui nous ont précédés
dans cette marche vers lautonomie, la dignité et la solidarité
quest léducation populaire. Par ces quatre portraits
nous avons voulu réunir et mettre en parallèle, au delà
du temps et de lespace, des personnages impliqués dans les
mouvements qui ont marqué la vie sociale et politique par leurs
efforts déducation populaire. En rendant hommage
à ces femmes et à ces hommes trop peu connus, nous voulions
aussi identifier les continuités, les similitudes dans nos démarches,
dans nos acquis, comme dans nos doutes, malgré les ruptures idéologiques,
les changements dépoque et de conjoncture. Les quatre portraits que nous vous présentons ont été écrits par Bernard Vallée. Ils sont issus dune publication de lInstitut canadien déducation des adultes (ICÉA) : « Les actes du colloque national sur léducation populaire au Québec », ICÉA, 1991. Cliquez pour lire : Albert Saint-Martin et l'Université ouvrière Idola Saint-Jean, la sufragette |
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Albert
Saint-Martin et l'Université ouvrière
Pamphlétaire ironique et mordant,
ses brochures et ses articles prenaient pour cibles les pouvoirs établis
et tout particulièrement les institutions
de charité qu'il accuse d'assassiner
la populace canadienne volontairement et lentement... C'est comme éducateur populaire
que sa contribution fut sans doute la plus marquante: fondée
en 1925 par Saint-Martin et ses amis, l'Université ouvrière
exerça une influence importante dans les milieux ouvriers et
populaires. On y donnait des conférences sur des sujets très
variés touchant à des éléments de culture
générale alors inaccessibles aux milieux populaires (histoire,
littérature, économie politique, géographie, astronomie,
etc.) et soulevant des débats idéologiques autour des
droits des femmes, de la religion, des questions internationales ou
de l'actualité politique. Ce n'est pas seulement les thèmes
des conférences qui attiraient chaque semaine quelques centaines
de participantes et de participants, c'est aussi la formule même
de ces assemblées souvent contradictoires: après les trente
minutes allouées à l'oratrice ou à l'orateur, tout
auditeur pouvait poser des questions et même monter à la
tribune pour faire ses commentaires. On pouvait ainsi exprimer ses opinions
dans un cadre de débat intense, mais souvent détendu. Saint-Martin y donne même des
cours d'art oratoire pour permettre aux ouvriers et aux chômeurs
de préparer leurs allocutions. On y organise également
des soirées populaires, on y monte des pièces de théâtre,
on y organise des parties de cartes, autant d'activités qui sont
des occasions de rencontres et d'échanges d'idées. Une
bibliothèque-librairie permet de prêter et de vendre des
livres.
L'anti-cléricalisme
d'Albert Saint-Martin et sa contribution à la diffusion des idées
socialistes allaient provoquer la concentration des attaques du clergé,
des médias, du gouvernement et des organisations fascistes, sur
le travail d'éducation populaire réalisé par l'Université
ouvrière: saccage des locaux en 1930 par des étudiants
de l'Université de Montréal; 1931, attaque de l'Université
par de jeunes militants de la JOC; 1931 et 1932 campagne de presse (Le
Devoir, surtout) pour faire fermer l'Université ouvrière;
en 1933, loi spéciale du gouvernement provincial pour dissoudre
l'Université, inculpation d'Albert Saint-Martin de libelles séditieux
et blasphématoires; Saint-Martin est aussi sauvagement battu
par des jeunes fascistes. L'Université ouvrière disparaît
en 1935 et Saint-Martin ne réussit pas à obtenir de permis
d'opération de salle publique pour poursuivre ses activités
éducatives et sociales. Il meurt en 1947 à l'âge
de 83 ans.
1 / Les sandwiches à la shouashe, 1932.
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Idola Saint-Jean
Idola Saint-Jean est née
à Montréal en 1880. Figure marquante de la lutte pour
le droit de vote des femmes, elle se distingue des autres leaders de
ce mouvement par la modernité de sa pensée politique et
sociale, par la diversité des stratégies d'action qu'elle
anime et par son statut de femme autonome économiquement. Professeure
de diction et de littérature, elle oeuvra aussi en journalisme.
En 1927, ldola Saint-Jean fondait l'Alliance canadienne pour le droit
de vote des femmes, une organisalion plus ouverte aux travailleuses
et à leurs préoccupations que les autres mouvements de
femmes de l'époque. Pendant quatorze années consécutives,
les membres de l'Alliance et de la Ligue des droits de la femme entreprirent
conjointement et solidairement de longues et multiples marches sur le
Parlement de Québec. Ce tenace moyen de pression et de sensibilisation
de l'opinion publique aboutit en 1940 à l'obtention du droit
de vote pour les femmes. Idola Saint-Jean
et l'Alliance voyaient dans le vote des femmes une arme pour corriger
les injustices sociales dont les femmes étaient victimes. C'est
ce qui explique l'importance de leurs interventions pour la défense
du travail féminin, pour l'ouverture aux femmes de l'ensemble
des professions, pour leur autonomie financière et pour la révision
du code civil. Les pélerinages
annuels au Parlement n'étaient pas les seuls moyens de sensibilisation
et d'action mis en oeuvre par ldola Saint-Jean et ses compagnes. L'éducation
sociale, économique et politique des femmes
Un groupe de suffragettes manifestent à l'Hôtel
de Ville de Montréal, en 1928. Au premier plan, tenant pancarte,
Idola Saint-Jean.
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Léa
Roback est née à Montréal en 1903 dans une famille
ouvrière. Comme beaucoup de juifs d'Europe centrale, ses parents
d'origine polonaise avaient émigré pour fuir l'oppression
tzariste. A 16 ans, elle commence à travailler
comme employée de commerce avant de s'embarquer pour la France
en 1925 pour poursuivre ses études. On la retrouve à Berlin
où, de 1929 à 1932, elle assiste à la montée
du nazisme et de l'antisémitisme. Elle adhérera au Parti
communiste. De retour à Montréal, elle tiendra la première
librairie marxiste. En 1936, elle devint organisatrice
syndicale à l'Union de la robe (UIOVD) où elle s'occupera
du département de l'éducation jusqu'en 1939. La formation,
c'est le pilier d'une organisation syndicale: "Pour que le syndicat
soit vraiment un outil de défense, il faut que les ouvrières
apprennent à se protéger par la connaissance de ce qu'est
le travail, combien ça doit payer, surtout dans cet atroce système
du travail à la pièce". Elle travailla à la formation des déléguées,
à l'organisation de grèves dont celle de 1937 où
5 000 ouvrières, les midinettes, débrayèrent
pendant trois semaines et gagnèrent la reconnaissance de leur
syndicat et de meilleures conditions de vie et de travail.
La plupart
des ouvrières n'avaient jamais eu la possibilité de s'instruire.
On donne alors des cours d'alphabétisation ainsi que des cours
de français et d'anglais. On organise aussi des cours de relations
humaines, de danse et d'artisanat, ainsi que des groupes de lecture
et de discussion.
Elle s'est
impliquée, d'autre part, dans le travail du quartier avec son
atelier d'art pour les enfants de Rosemont et dans le groupe Solidarité
féminine qui venait en aide aux familles de chômeurs expulsées
de leur logement.
De 1941 à
1952. elle poursuivit son travail de formation et d'organisation syndicale
à RCA-Victor dans le quartier Saint-Henri. Plus tard, elle s'impliquera
activement dans le mouvement pour la paix et, jusqu'à la fin
de sa vie, elle a apporté son soutien aux luttes pour les droits
des femmes et des autochtones. Inlassable, elle ne semble jamais se
décourager des combats toujours à recommencer: "Voyez-vous
là-bas par la fenêtre? Regardez le firmament: y'a beaucoup
de gris n'est-ce pas? Mais entre le noir-gris et le gris-blanc, il y
a du bleu. Eh bien, moi, je me concentre sur le bleu". |
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La
JOC et la formation dans l'action
Au
début du XXe siècle, l'Église doit affronter des
transformations socio-économiques et politiques nombreuses. C'est
en s'appuyant notamment sur l'Encyclique Rerum Novarum que l'Église
du Québec a élaboré ou défini de nouvelles
formes d'encadrement. Ce sont les agriculteurs et les ouvriers qui,
les premiers, s'inscrivirent dans divers mouvements catholiques. Mais
c'est après la crise des années 30 que l'Action catholique
prit véritablement de l'ampleur et rejoignit un nombre important
de Canadiens français de tout âge.
Le
mouvement des Jeunesses ouvrières catholiques (JOC) jouera en
particulier un rôle important au cours des années 40 et
50. La conception pédagogique qu'il a mise de l'avant mérite
qu'on s'y arrête plus spécifiquement.
Le
mouvement de la JOC est important par la philosophie de l'action qu'il
a inculquée à ses militantes et à ses militants
(5 000 militantes et militants et plusieurs milliers de sympathisants
à la fin des années 40). Basée sur le voir-juger-agir,
cette philosophie se concrétisait par une pédagogie de
conscientisation qui a marqué toute une génération.
Cette méthode a été développée par
le fondateur du mouvement en Belgique pendant les années 30,
Mgr Cardijn, méthode qu'il a probablement empruntée aux
communistes de l'époque. Née pour contrer l'influence
socialiste et sortie facilement gagnante de la bataille au Québec,
la JOC adoptera une méthode comparable à celle d'une organisation
politique, d'autant plus efficace qu'elle est simple et fait appel aux
principes les plus fondamentaux d'appréhension de la réalité.
Voir, c'est ce qu'on appelle l'enquête sociale qui porte sur des
faits répétés, généraux et qui révèlent
une situation qu'on est capable d'influencer. L'enquête révélera
ainsi la vie réelle et, en même temps, apprendra à
voir juste. Juger c'est voir les faits et les situations avec des yeux
jocistes, d'ouvrières et d'ouvriers catholiques. On peut ensuite
agir, c'est-à-dire intervenir par une action précise.
C'est sur ces bases que la JOC est devenue un lieu de formation pour
de nombreux jeunes ouvriers et ouvrières à un moment où
personne ne s'intéressait au sort de la jeunesse ouvrière.
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